Crédit photo : Camille Deceunink (micadec sur Instagram).

Pandémie, épidémie, crise sanitaire… appelez la COVID-19 comme vous le désirez. Ces mots jonchent notre vocabulaire depuis plusieurs mois désormais. Notre quotidien s’est vu prendre une toute autre facette et nous avons dû rapidement nous habituer, nous adapter, au prix fort pour certains. D’une part, notre vie professionnelle s’est vue chamboulée, obligeant certains à télétravailler cinq jours sur cinq, et d’autres, à être contraints de fermer leurs commerces. D’autre part, notre vie sociale a été successivement réduite et agrandie, profitant d’un sentiment éphémère de retour à la normale. Il fut toutefois de courte durée. Une partie de la population mondiale a été plongée dans un reconfinement, soumettant une nouvelle fois notre santé mentale à de rudes épreuves. Nos attentes sont floues, nos objectifs sont difficilement planifiables, notre futur est incertain. Ce qui peut parfois rendre nos actions quotidiennes vaines de sens, d’espoir… Cela a malheureusement été le cas pour cette jeune entrepreneuse liégeoise. Ce cas est loin d’être une histoire isolée et nous devons veiller à prendre soin de notre santé mentale, de nos émotions, de nos états d’âme. Nos pensées déterminent la façon dont nous nous mettons en rapport avec les obstacles qui se dressent sur notre chemin. 

Parce qu’on le dit souvent que “Kalisana est surtout un style de vie qui permet de se sentir bien dans son corps et son esprit”, nous avons décidé d’interviewer Isaline Delvenne, psychologue et spécialisée en psychologie positive. En espérant que cet article mette un peu de soleil dans la grisaille actuelle imposée par le coronavirus, le manque de luminosité et la baisse des températures faisant suite au changement d’heure et à la saison automnale. 

Hello Isa ☺Selon toi, quelles sont les séquelles que le(s) confinement(s) vont laisser ? 

Les enfants peuvent ressentir beaucoup d’angoisses face à la situation. C’est important qu’ils puissent comprendre ce qu’il se passe et que les parents puissent eux-mêmes exprimer leurs inquiétudes et en parler ouvertement pour pouvoir en discuter avec leurs enfants. C’est sûrement un grand défi pour les adultes, car cette pandémie peut générer beaucoup d’inquiétudes par rapport au futur (quel monde on va laisser à nos enfants, etc). Mais ce n’est pas de la faiblesse d’être capable d’assumer ces sentiments de peur. Au contraire, cela montre aux enfants que leurs parents sont parfaitement humains, que eux aussi ils peuvent vivre des émotions plus désagréables. C’est finalement un bon exemple à donner aux enfants : juste montrer que les adultes peuvent aussi avoir peur, et que les émotions moins drôles sont tout à fait légitimes, qu’on a le droit de les ressentir et de les exprimer. 

Il y aura (et il y a déjà énormément) de souffrance chez les personnes plus démunies… La souffrance des personnes plus précarisée est exacerbée et la pandémie creuse toutes ces inégalités sociales déjà bien présentes avant le COVID. 

Je pense clairement qu’il y a aussi d’énormes conséquences sur les personnes âgées, et surtout sur la manière dont notre société les considère. La manière dont la pandémie a été gérée dans les maisons de repos, dans les hôpitaux avec les personnes âgées montrent clairement à quel point on devrait faire preuve de beaucoup plus d’humanité et d’inclusion à leur égard en les traitant comme nos racines, comme une richesse, et non comme un coût à la société…

La résilience de tous va être mise à l’épreuve (et l’est déjà fortement !)

Quels sont les avantages du temps gagné à être confiné chez soi, et par la même occasion de cette rupture face à un quotidien à du 100 à l’heure, à un manque de temps notoire « pré-covid » ?

Quand on a le luxe de le faire, on peut se demander ce qui est vraiment essentiel pour nous dans la vie.  Cette situation que l’on vit tous peut être un moment adéquat (malgré nous) pour faire le point sur notre vie, nos relations (ce qu’elles nous apportent, celles qui nous tirent vers le haut, celles qui nous font du bien ou au contraire celles qui nous drainent parfois de l’énergie) ; sur notre boulot (est-ce qu’il a du sens pour moi ? Est-ce que j’ai l’impression de contribuer à la société, est-ce que je suis dans un environnement sain pour moi ? Est-ce que j’aime ce que je fais au jour le jour… ?). 

Se poser ces questions peut nous apporter un éclairage sur notre vie, nos habitudes, et nous faire nous demander sincèrement si ce rythme effréné nous convient vraiment ou si l’on est juste emporté par cette pression sociétale. Tout ce qui en ressort est l’importance d’accepter son propre rythme, de prendre le temps d’écouter ses besoins et d’en faire une priorité. Evidemment dans la mesure du possible, et selon nos réalités personnelles ☺ 

Aussi, lors du premier confinement particulièrement, les gens se sont dirigés vers des activités beaucoup plus artistiques : beaucoup de personnes se sont mises à lire, à écrire, à faire du yoga, à se mettre au sport, ressortir des pinceaux, à travailler dans le jardin, à cuisiner, à ré-envoyer des lettres aux proches… L’ennui favorise la créativité. Et la créativité permet vraiment un retour à soi, un retour aux activités qui nous sécurise, aux activités qu’on faisait naturellement quand on était enfant mais qu’on a laissé de côté depuis (pour la plupart des gens ☺). 

Quels sont tes tips quant au fait que le Moi est plus que jamais au centre de nos vies ?

 

1. Oser vivre ses émotions : les accepter, ne pas s’en vouloir de vivre des émotions plus désagréables. Ne pas s’excuser de les vivre, ce qui compte c’est ce qu’on en fait.  Puis rappelons-nous que ressentir des émotions désagréables ne fait pas de nous une personne désagréable, ça fait juste de nous un être humain ☺ 

2. Revenir aux activités qui nous procurent de la joie : réfléchir à ce qui nous met naturellement en joie. Cuisiner, aller courir, jouer à des jeux de sociétés, peindre… peu importe, tant que l’activité nous procure de la joie et de l’enthousiasme. C’est super important de ressentir des émotions positives pour avoir la force de traverser les émotions plus désagréables. Et puis quand on fait ce qu’on aime, nos batteries sont bien rechargées ☺ 

3. Rituel de gratitude : chaque soir, écrire (ou dire dans sa tête), 3 choses pour lesquelles on est reconnaissant dans la journée. En psychologie positive, la gratitude a été étudiée pour ses nombreux bénéfices : elle nous permet de nous sentir moins seul, elle augmente notre niveau de bonheur (ainsi que celui de nos proches dès lors qu’on partage nos émotions positives autour de nous !), elle nous permet de vivre plus longtemps, et elle améliore notre santé physique et mentale. 

4. Rester connecté avec les gens qu’on aime : ce qui peut être très compliqué à vivre pour certains, c’est le manque d’interactions sociales de qualité. Nos relations de qualité sont vraiment la clé principale de l’épanouissement personnel, alors faisons en sorte de maintenir le contact par des échanges (vidéos, photos, messages, lettres…). Sans forcer les choses non plus : encore une fois, il n’y a pas de pression à se mettre, chacun doit respecter son propre rythme, ses besoins…

5. Prendre soin de notre corps : notre corps est notre carburant, et si on ne prend pas soin de lui, on ne peut pas se sentir bien. Plus que jamais, c’est important de prendre du temps pour sortir (dans la mesure du possible), juste aller marcher, faire un sport qui nous procure du plaisir et la sensation de déconnecter un peu du mental (qui va parfois à mille à l’heure). Ou juste s’asseoir, méditer, prendre quelques respirations… 

Réflexion un peu plus générale liée à la santé mentale et la pandémie 

Cette année 2020 a été hyper chargée sur le plan social, psychologique, émotionnel… Chaque personne a vécu son lot de stress et de tension à  des degrés différents et a dû faire preuve de capacités d’adaptation. Ces états émotionnels intenses peuvent faire place à de l’épuisement, à de la tristesse, à  une baisse de motivation, une fatigabilité intense, une grande baisse d’énergie (surtout au mois de novembre, là où le manque de luminosité se ressent beaucoup sur le moral). 

L’année a été difficile de manière générale, et en plus de cette pandémie viennent s’ajouter nos obstacles personnels de la vie quotidienne. Ne surtout pas se culpabiliser d’avoir des moments plus down, ne surtout pas se mettre la pression et se dire « Je suis en bonne santé » ; « Je suis dans de bonnes conditions, je ne peux pas me plaindre ». Même en vivant dans de bonnes conditions, chacun a sa propre sensibilité, et nos capacités d’adaptation sont rudement mises à l’épreuve ☺ Soyons juste indulgents. Cette période ne nous définit pas.

Enfin, on devrait prendre soin de notre santé mentale autant qu’on prend soin de notre santé physique. Lorsqu’on a facilement accès aux soins de santé, on a tellement facile à prendre rendez-vous chez le dentiste et tellement de réticence à aller consulter un psychologue. Alors que notre santé mentale est tout aussi importante que la santé physique. On ne doit pas attendre d’être en méga crise existentielle pour aller consulter. Parfois, c’est plus en termes de prévention qu’il est important d’aller déposer ses émotions et ses questionnements quelque part, dans un endroit de confiance et là où on se sent en sécurité.

Merci à Isaline Delvenne pour ces réponses pleines de résilience, de vie et d’honnêteté.

Prenez soin de vous.

La Team Kalisana

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